Lundi 30 juin 2008 à 23:08

Il est temps de partir me reposer plus loin. A 800 kilomètres, pour être précise. 800 kilomètres entre ma vie et moi. Il est grand temps.
J'ai brûlé l'existence.
Il est parti sans un mot. Lâche. Beau. Tant de temps que je l'attendais.
J'ai suivi des traces qui n'étaient pas les bonnes. J'aurai du planter mes ongles dans sa peau et supplier. Je ne le ferai pas. J'attendrai.
Ce n'était qu'une nuit. Le sol était inégal, j'en ai des bleus dans le dos. Chaque mouvement me le rappelle. Son briquet dans ma poche.
On a, de la bêtise, une intelligence extraordinaire...
Je me suis perdue. Dans le temps, dans l'espace, dans la fumée. Je me suis perdue, j'ai vu trop de gens, je suis allée dans trop d'endroits. Je suis fatiguée. De moi. Des autres. De moi. De lui.
J'ai atterri chez des quasi-inconnus. Les différents prénoms dansent et se confondent. Les visages, les paroles aussi. Je me confonds.
J'ai contourné les obstacles. Méprisé ce qu'on pouvait en penser. C'est tellement facile de jeter la pierre.
Le temps passera et je passe avec lui. Combien de jours encore devant moi ?
Jamais.
Jamais.
Jamais.
Rassasiez-moi. Que je recrache tout ça. Toute cette débauche et cette décadence et cette indifférence. Je me sens sale. De longues minutes sous l'eau fraîche à sentir la chaleur couler le long de mes joues. Ca ne change rien.
Il me reste une chose à faire. Ne pas abîmer celui qui ne le mérite pas.
Les nuits seront longues et lourdes. Par pitié, une bouteille. Un verre. Un fond. N'importe quoi. Pourvu que j'éclipse ma conscience.
J'ai mal dans mon orgueil. Cela t'a fait rire, Nelson. Ri, mon ange, tu ne sais pas. La corruption et les cernes et les rires pathétiques et faux. Ri, c'est toi qui a raison. Pourquoi ne pas se venger de celle qui a montré tant d'indifférence face à toi ? Tu aurais voulu mes larmes, tu as eu mon rire. Pourtant, cela revenait au même. Tu n'as juste pas compris.
De quel droit en vouloir à qui que ce soit ? Il n'y a pas de justification. Jamais. Rien n'est valable.
Alors, l'amertume ?
Rassasiez-moi. A m'en rendre malade. Gavez-moi.
Je voudrais rester à en crever.

Lundi 30 juin 2008 à 14:09

    "- Je peux compatir à tout, sauf à la souffrance, dit Lord Henry en haussant les épaules. A cela je suis incapable de compatir. C'est trop laid, trop horrible, trop attristant. Il y a quelque chose de terriblement malsain dans la sympathie que porte notre époque à la souffrance. C'est pour la couleur, la beauté, les joies de la vie, qu'il faut avoir de la sympathie. Moins on parle des plaies de la vie, mieux cela vaut."

    "Il était presque neuf heures quand il arriva au club, où il trouva Lord Henry assis tout seul dans le petit salon, l'air accablé d'ennui.
    "Je suis désolé, Harry, s'écria-t-il, mais c'est entièrement votre faute. Le livre que vous m'avez envoyé m'a tellement fasciné que je n'ai pas vu le temps passer.
    - Oui ; je me doutais qu'il vous plairait", répondit son hôte, en se levant de son fauteuil.
    - Je n'ai pas dit qu'il me plaisait, Harry. J'ai dit qu'il me fascinait. C'est très différent.
    - Ah, vous avez découvert cela ?" murmura Lord Henry. Et ils passèrent dans la salle à manger."

    "- Ma chère Gladys, pour rien au monde je ne changerai votre nom ni le sien. Ils sont tous deux parfaits. Je songeais surtout aux fleurs. Hier, j'ai coupé une orchidée pour garnir ma boutonnière. C'était une petite merveille tachetée, aussi impressionnante que les sept péchés capitaux. Dans un moment d'égarement, je demandai à l'un des jardiniers comment elle s'appelait. Il me dit que c'était un beau spécimen de Robinsoniana, ou quelque horrible nom de ce genre. C'est une vérité triste à dire : nous ne savons donner aux choses de jolis noms. Les noms comptent plus que tout. Avec les actions, je n'ai jamais aucune querelle. Ma seule querelle, je l'ai avec les mots. C'est pour cela que je déteste le réalisme vulgaire en littérature. Tout homme capable d'appeler un chat, un chat, devrait être obligé d'en élever un. Il n'est bon qu'à cela.
    - En ce cas, comment faut-il vous appeler, Harry ? demanda-t-elle.
    - Son nom est Prince du Paradoxe, dit Dorian.
    - Je le reconnais sur-le-champ, s'écria la duchesse.
    - Il n'en est pas question", dit Lord Henry dans un éclat de rire en se laissant tomber dans un fauteuil. "Impossible d'échapper à une étiquette ! Je refuse le titre.
    - Les souverains n'abdiquent pas." : tel fut l'avertissement que lancèrent les jolies lèvres.
    " Vous souhaitez donc que je défende mon trône ?
    - Oui.
    - Je fournis les vérités de demain.
    - Je préfère les erreurs d'aujourd'hui, répondit-elle.
    - Gladys, vous me désarmez", s'écria-t-il, se laissant gagner par son humeur combative.
    " De votre bouclier, Harry, non de votre lance.
    - Jamais je ne joute contre la beauté", dit-il en faisant un geste de la main.
    "C'est là votre tort, Harry, croyez-moi. Vous accordez beaucoup trop de valeur à la beauté.
    - Comment pouvez-vous dire une chose pareille ? Je confesse qu'à mes yeux il vaut être beau que bon. Mais, en revanche, personne n'est plus disposé que moi à reconnaître qu'il vaut mieux être bon que laid.
    - La laideur est donc un des sept péchés capitaux ? s'écria la duchesse. Que faites-vous de votre métaphore de l'orchidée ?
    - La laideur est une des sept vertus capitales, Gladys. Vous qui êtes une bonne Tory, vous n'avez pas le droit de les sous-estimer. La bière, la Bible et les sept vertus capitales ont fait de notre Angleterre ce qu'elle est.
    - Vous n'aimez donc pas votre pays ? demanda-t-elle.
    - J'y vis.
    - Pour pouvoir mieux le critiquer.
    - Vous préféreriez que j'accepte le verdict que porte sur lui l'Europe ? demanda-t-il.
    - Que dit-on de nous là-bas ?
    - Que Tartuffe a émigré en Angleterre pour y tenir boutique.
    - La formule est-elle de vous, Harry ?
    - Je vous l'offre.
    - Je ne pourrais pas m'en servir. Elle est trop vraie.
    - Vous n'avez rien à craindre. Nos compatriotes sont incapables de reconnaître une description.
    - Ce sont des esprits pratiques.
    - Ils sont plus rusés que pratiques. Quand ils font leur bilan, ils équilibrent la stupidité par la fortune, et le vice par l'hypocrisie.
    - N'empêche, nous avons accompli de grandes choses.
    - De grandes choses nous ont été imposées, Gladys.
    - Nous les avons assumées.
    - Jusqu'à la Bourse, mais pas au-delà."
    Elle secoua la tête. "J'ai foi en notre race, s'écria-t-elle.
    - Elle représente le triomphe des arrivistes.
    - Elle connaît le progrès.
    - Le déclin me fascine davantage.
    - Et l'Art ? demanda-t-elle.
    - C'est une maladie.
    - L'amour ?
    - Une illusion.
    - La religion ?
    - Le succédané élégant de la conviction.
    - Vous êtes un sceptique.
    - Jamais de la vie ! Le scepticisme est le début de la foi.
    - Qu'êtes-vous donc ?
    - Définir, c'est limiter.
    - Je perds le fil, donnez-moi un indice.
    - Les fils se cassent. Vous vous perdriez dans le labyrinthe.(...)"

    "Il y a des moments, nous disent les psychologues, où la passion du péché, ou de ce que le monde appelle péché, gouverne à tel point la personnalité que chaque muscle du corps, chaque cellule du cerveau, paraît la proie d'impulsions redoutables. Dans ces moments-là, hommes et femmes perdent tout libre arbitre. Ils se dirigent vers leur objectif comme des automates. Toute capacité de choix leur est ôtée, et soit leur conscience est anéantie, soit, si elle survit, elle ne sert qu'à donner à la révolte son attrait et à la désobéissance son charme. Car tous les péchés, comme les théologiens ne se lassent pas de nous le répéter, sont des péchés de désobéissance. Lorsque ce grand esprit, cette étoile du matin du mal, tomba du ciel, c'est en rebelle qu'il tomba."

Le Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde

Vendredi 27 juin 2008 à 16:43

La forêt le feu des inconnus. Partir un peu n'importe où. Je n'ai pas fait de vrai repas depuis avant-hier soir. Je n'ai pas dormi de la nuit. Je crois que mon corps n'en peut plus. Mais Furia demain, il ne me reste qu'à acheter une tente. Et ma place. Oui, coup de tête, mais samedi soir sera exceptionnel ou ne sera pas. Et puis tu sais M' ce type il est pas fréquentable, oui mais je traîne quand même avec, il a son charme. Les gens disent que je suis folle. Ils m'ont dit "Fais attention c'est un manipulateur" mais on sait exactement ce que l'on veut, impossible d'être plus transparent. Il y a eu un moment où j'ai eu à faire un choix et dans un premier temps j'ai fait le meilleur des deux et puis apparemment je suis revenue sur ma décision. La vie et ses aléas exquis, l'incertitude, mais quel bonheur, se laisser porter par les évènements au fur et à mesure, et suivre la trace que d'autres ont dessinée pour toi. Des découvertes au hasard des conversations et des soirées, de nouveaux gens. Moi je relève la tête je ris je souris je chahute. Hier trempée toute habillée dans un jardin, mais quel con, cet E', je me suis bien vengée. Sur ce. Je dirai juste que cet article est moche mais vous me comprenez pas le temps.

Mercredi 25 juin 2008 à 11:46

La fête de la musique. Hollandias. Dude. Des gens. Sans importance. N' a les cheveux rasés. Ar'. Finir loin. Ici ou ailleurs, ça m'est égal, c'est ça que j'aurais du lui dire, mais c'est vexant, ce sont le genre de phrases qu'il faut taire. Je sais que je ne garderai pas longtemps ma langue dans ma poche, avec jeux de mots idiots cela marche aussi. Quitte à. N' me met des mains aux fesses et explose de rire à mes vannes. N' fait des sous-entendus. N' a parié une certaine chose avec moi si je me laissais pousser les cheveux jusqu'aux fesses. Si je perds, cela reviendra presque au même. Depuis il fait des lapsus avec le mot "coiffeur". Moi je ris et je guette. Il suffit que je redevienne inaccessible pour lui plaire à nouveau, et réciproquement. J'appuie à nouveau ma tête sur son épaule et m'assieds entre ses jambes. N' et moi, même modèle. Même gaieté, même corruption, même franchise, même perversité, même orgueil, même fierté. Et surtout, même attirance réciproque. Ar' pourtant m'a fait le petit déjeuner. Mais franchement, les gentils garçons m'ennuient. Ewn' a dit : "A chaque fois qu'on te voit, c'est une de ces buteries ! En plus on te voit souvent." J'ai rétorqué qu'il faut profiter des bonnes choses de la vie. J'ai besoin d'instincts fous, de pulsions assumées. De vie. N' et moi sommes trop semblables pour rester éloignés bien longtemps, et ce n'est pas que mon avis. La vie a à nouveau une saveur extraordinaire.

Vendredi 20 juin 2008 à 16:23

Les araignées grouillent sur les murs et mes chaussures me font mal aux pieds, il est tard, quelle heure je ne sais plus je marche dans la rue et j'ai le coeur à l'envers, la tête trop loin, les lumières des lampadaires apparaissent floues et lointaines, je ne comprends pas, je cherche mais je ne comprends pas. Pourquoi, mais pourquoi a-t-il fallu que je... que nous. Ou quelqu'un d'autre, c'est possible aussi. Non vous n'êtes pas interchangeables, qu'est-ce que vous croyez, chacun a eu sa place, plus ou moins importante, et quand bien même vous l'étiez, qui seriez-vous pour me jeter la pierre, vous avez tous fait même pire, il me semble bien, mais c'est facile. Bien sûr que oui je m'effondre, et tu vois pas, mais y'a plein d'araignées partout et c'est affreux, il fait trop lourd et mes chaussures me font un mal de chien, il faut que je m'adosse quelque part, que je respire, mais j'ai un goût d'alcool et de cigarette dans la bouche et ma gorge me fait mal. Mais il faut repartir et les pavés n'arrangent pas mes pieds, et je voudrais remonter le temps et corriger les erreurs mais il n'y a rien à faire, à part avancer à l'aveuglette, et les insectes bourdonnent à mes oreilles, un papillon se pose sur ma main, et les araignées grouillent toujours sur les murs et me donnent la nausée. Je titube jusqu'à chez moi m'écroule dans mon lit. Je ne dors pas.

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