Lundi 7 mars 2011 à 22:19

Peut-être qu'un jour tu reviendras et qu'on aura rien à se dire, on se regardera dans la fumée d'une cigarette ou d'un mauvais joint, entre nous une bouteille de bière et tout ce temps passé, tout ce poids et ce mystère, est-ce qu'alors on écarquillera nos yeux, désappointés, est-ce qu'on aura envie de s'accuser d'avoir ruiné notre complicité ?
Je crois plutôt qu'on laissera les mots glisser, déçus de ne plus trouver le sens qu'il y avait avant, alors peut-être qu'on se dira "Il est trop tard.", mais comme nous sommes ce que nous sommes, rien que ça, nous ne dirons rien, nous ne ferons rien, et alors mourront deux saisons qu'on a vues ensemble, un été, un automne, et le début d'un hiver, il aura fallu l'hiver, pourtant on a passé le plus dur ensemble, toute cette neige et mes jambes seulement voilées de bas, juste pour toi. Je me foutais bien d'avoir froid, au bout de la route je me jetais sur toi et je te faisais rire, et tu me faisais rire, j'étais heureuse.
Est-ce seulement si différent ?
Depuis que tu as écrit "Tu me manques", je suis infiniment plus seule, si je ne te manquais pas alors je me battrais pour te manquer, je jouerais les indifférentes, les princesses, je jouerais la glaciale et la provocante, si je ne te manquais pas je saurais comment te manquer, mais je te manque sans savoir te faire revenir.
Si ne je te manquais pas, je ne sentirais pas cette béance terrible, je ne suis pas forte et je te trouve cruel.

Une boucle d'oreille en forme de feuille tremblote à mon oreille, demain je rapporte son manteau au garçon aux yeux si beaux, celui qui murmurait Love me tender à mon oreille, j'ai préparé un sac pour Angie avec des fringues pour son entretien d'embauche, reviens, ce quotidien me fait mal au coeur. Je ne sais pas comment supplier assez fort, je ne sais même pas supplier, je voudrais juste que demain tu sois là et que tu souries comme si tu avais tout résolu, et qu'enfin, enfin, tu me dises en écho à : "Toi et moi on ne sait pas rencontrés au bon moment", je voudrais que tu dises en souriant : "Ici, maintenant, c'est le bon moment".

Mais j'ai rien à vouloir, j'ai pas le droit de vouloir, j'ai que le droit de me taire, parce que tu es loin et que je ne suis pas ta nana, mais que je t'aime quand même.

Dimanche 6 mars 2011 à 22:53

La migraine me vrille la tempe et l'oeil, quelle longue chronique, j'ai encore beaucoup trop bu et tout ce temps je me suis serrée contre un autre car sa carrure me faisait penser à toi. Mon collant a été troué par une cigarette, à quel moment, par qui, je n'en sais rien. J'ai récolté une bonne toux grasse, perdu ma carte d'identité, je n'ai même pas eu le courage de répondre à ton mail, et pourtant je te manque.
Reviens, reviens s'il te plaît, tu sais je n'ai pas pleuré, et puis après tout tu dis bien que je suis fatale et que je mets les hommes à mes pieds, allez, déconne pas, reviens, justement tu n'es pas à mes pieds c'est ce que j'aime, tu n'as peut-être pas des yeux bleu foncé, et bleu clair, et jaune à la fois, mais quand tu poses tes yeux sur mon visage, pour rien, je ne suis plus seule. Je me rappelle si bien ce soir, ou plutôt cette nuit-là, nous avions marché longtemps sur les Grands Boulevards, sous la pluie, après deux bagarres de bars, tu insultais le monde entier, je marchais à tes côtés, le manteau ouvert, la tête baissée, je ne disais rien, je t'écoutais simplement, et de temps en temps je te tendais une cigarette, je ne te tenais ni le bras, ni la main, juste là, à marcher à ton rythme. On avait pris le Noctilien avec les autres, j'avais mal aux pieds, j'étais fatiguée, Waz était descendue quelques arrêts avant nous, il restait encore deux amis à toi, et à ton arrêt, alors qu'ils pensaient qu'ils allaient nous suivre, tu es sorti du bus, tu t'es tourné vers eux deux qui s'apprêtaient à te suivre, et moi derrière eux, tu m'as regardée droit dans les yeux et tu as dit : "Maïa, viens." Ils se sont écartés pour me laisser passer et tu m'as tendu la main pour m'aider à descendre, tu leur as donné une cigarette à chacun en leur ordonnant de descendre à l'arrêt suivant. Ils t'avaient pourri la soirée.
Trop de souvenirs étranges et déroutants, je ne t'oublie pas, Loup, j'ai juste mal à ma solitude maintenant que t'es de l'autre côté de l'Atlantique, ta main sur mon visage, dans mes cheveux, serrant ma gorge ou ma nuque, et ton rire rauque, tes gestes nerveux et nos fous rires, dépêche-toi de revenir.

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