La fenêtre bouchée de brouillard.
Je fais l'effort de me souvenir, parfois. L'autre jour dans la brume épaisse, le visage, très rouge, d'un homme.
Les dossiers qui se remplissent, et puis, les affaires de poupée qui s'empilent. Il dit qu'il a hâte. Je dis que j'ai peur. Une voiture de riche, achetée pas cher. Des conneries comme ça.
"La télé, le canapé et puis le crédit à payer..."
On est bien loin de l'insolence, les enfants. Bien bien loin.
Et puis, elle arrive à la fin de la semaine, j'ai hâte, les longs cheveux et puis les yeux presque trop verts, oui j'ai vraiment hâte.
Je fais écouter de belles chansons à mon ventre, mais comme toujours du très mélancolique.
Les cigarettes me manquent, beaucoup.
Le photographe se fait homme-silence, après homme-absent, comme il fallait s'y attendre. Il ne me manque pas. Je sais par avance qu'on ne hurlera plus le même langage, qu'on ne verra plus le calme derrière les cris, et puis, au fond de tout ça, l'amour qu'on avait pas besoin de se dire. Ca a quand même été une belle histoire. Un bûcher abandonné.
Je t'aime bien, Loupiot. Un peu triste, tout ça.
Ca ressemble bien au brouillard de l'autre côté de la fenêtre, en fait.
Mardi 17 janvier 2012 à 12:01
Samedi 31 décembre 2011 à 14:20
Fin d'année.
Mes cheveux, longs. Mon ventre, lourd. Mes seins, gros.
Ma vie ne m'appartient plus. De toute façon, ma vie je ne savais pas quoi en faire.
Les valises alors seront enfin défaites. L'orgueil, la violence, ravalés. Et puis des coups dans mon ventre, comme un tam-tam intérieur, la déformation de la peau qui se tend et se dégonfle au gré de mouvements parasites. Ces mouvements ne préviennent pas, réveillent au coeur de la nuit, et la respiration si calme des Yeux Bleus à mes côtés, calme et profonde.
J'ai ramené mon fer à lisser et mon pinceau à poudre, je farderai quand même mes yeux de noir et porterai quand même des sous-vêtements à rubans, tire sur la dentelle et le tissu coule à mes pieds. Simplement.
Mes seins ne tiennent plus dans les mains.
Les gâteaux que j'avais ramenés n'ont pas été mangés, tant pis. Je les regarde dans leur bocal et quelques miettes au fond, fatalement, pourquoi ça me rend si triste ?
J'ai jamais eu l'aplomb de m'auto-citer, de réellement gueuler, de vraiment menacer.
Simplement. Je me suis toujours cassée quand je le voulais, si je le voulais, et même si mon avenir se résumait à aller faire la radasse dans un quelconque bar à hôtesses, ça ne m'aurait pas rebutée, parce que la paix, ça se paye, et que je n'ai jamais été radine.
Mais là, ça va devenir infiniment plus compliqué.
Deux mille douze, rien que ça, vingt-trois ans d'existence, je suis née l'année de la chute du Mur de Berlin et de la Réunification, pourtant je ne me suis jamais sentie libérée ni unifiée, plutôt arrachée entre moi et moi.
Je rêvais d'aventures et puis de folie et puis de liberté.
Je voulais avoir 20 ans toute ma vie.
Mais je fais des listes de prénoms. Encore, me plier à une vie pour laquelle je ne me sentais pas prête, pas faite.
Bien sûr, j'aurais pu fuir. Mais là non.
Pourtant, lorsque les Yeux Bleus pose sa main sur mon ventre, ou blottit son visage au creux de ma peau le matin, je me sens légitime.
Au bon endroit, au bon moment.
Mes cheveux, longs. Mon ventre, lourd. Mes seins, gros.
Ma vie ne m'appartient plus. De toute façon, ma vie je ne savais pas quoi en faire.
Les valises alors seront enfin défaites. L'orgueil, la violence, ravalés. Et puis des coups dans mon ventre, comme un tam-tam intérieur, la déformation de la peau qui se tend et se dégonfle au gré de mouvements parasites. Ces mouvements ne préviennent pas, réveillent au coeur de la nuit, et la respiration si calme des Yeux Bleus à mes côtés, calme et profonde.
J'ai ramené mon fer à lisser et mon pinceau à poudre, je farderai quand même mes yeux de noir et porterai quand même des sous-vêtements à rubans, tire sur la dentelle et le tissu coule à mes pieds. Simplement.
Mes seins ne tiennent plus dans les mains.
Les gâteaux que j'avais ramenés n'ont pas été mangés, tant pis. Je les regarde dans leur bocal et quelques miettes au fond, fatalement, pourquoi ça me rend si triste ?
J'ai jamais eu l'aplomb de m'auto-citer, de réellement gueuler, de vraiment menacer.
Simplement. Je me suis toujours cassée quand je le voulais, si je le voulais, et même si mon avenir se résumait à aller faire la radasse dans un quelconque bar à hôtesses, ça ne m'aurait pas rebutée, parce que la paix, ça se paye, et que je n'ai jamais été radine.
Mais là, ça va devenir infiniment plus compliqué.
Deux mille douze, rien que ça, vingt-trois ans d'existence, je suis née l'année de la chute du Mur de Berlin et de la Réunification, pourtant je ne me suis jamais sentie libérée ni unifiée, plutôt arrachée entre moi et moi.
Je rêvais d'aventures et puis de folie et puis de liberté.
Je voulais avoir 20 ans toute ma vie.
Mais je fais des listes de prénoms. Encore, me plier à une vie pour laquelle je ne me sentais pas prête, pas faite.
Bien sûr, j'aurais pu fuir. Mais là non.
Pourtant, lorsque les Yeux Bleus pose sa main sur mon ventre, ou blottit son visage au creux de ma peau le matin, je me sens légitime.
Au bon endroit, au bon moment.
Vendredi 16 décembre 2011 à 11:10
Je n'aurais pas pu me douter qu'il y aurait l'hôpital et puis deux vies en danger. Deux parce que j'ai appris qu'il y en avait une autre qui se blottissait au creux de mon ventre depuis 6 mois. Ils disaient qu'il y avait de fortes chances que le petit être vienne au monde trop tôt, qu'il ne soit pas viable, et puis aussi que pour moi il y avait un risque important d'hémorragie. Moi je leur ai dit, mais si il vit je ne peux pas m'en occuper, c'est trop petit, c'est trop lourd, c'est trop de contraintes, je suis trop jeune, je savais pas, j'en veux pas, est-ce que je peux rester anonyme ? Vous comprenez, j'ai pas pris réellement de poids, j'ai pas vomi, j'ai pas eu d'envies brusques, mes seins n'ont pas gonflé et mon ventre est resté plat, mes règles ont toujours été anarchiques alors des saignements n'importe quand dans le mois c'était normal. Est-ce que j'ai le droit de ne pas m'en occuper ?
Les urgences je savais que c'était glauque, mais en obstétrique apparemment ils en voient aussi, des cas gratinés.
Mais le petit être s'est accroché très fort. Alors le lendemain, quand j'ai enfin eu moins mal et qu'enfin j'ai assez pleuré au creux de mon oreiller, avec ce ventre soudainement gonflé et ces coups à l'intérieur, j'ai du appeler le père, qui était à plus de 300 km, et j'ai calmé ma voix pour qu'elle ne tremble pas, je me suis dit, il faut que tu sois courageuse parce que personne ne peut l'être pour toi, et puis après tout, toi tu n'as plus le choix, il va bien falloir aller jusqu'au bout.
Alors je me suis entendu tout dire au téléphone, je me suis entendue prononcer ces mots : "Ne t'en fais pas, si tu ne viens pas, je comprendrai."
Mais il a dit qu'il arrivait.
Et il a dit que si moi je n'en voulais pas, lui il s'en occuperait.
Et moi j'ai dit, si toi tu veux alors moi aussi.
Maintenant c'est beaucoup d'organisation et de fatigue, et surtout, c'est un garçon chaque nuit avec moi qui n'est plus un garçon, mais un homme.
Les urgences je savais que c'était glauque, mais en obstétrique apparemment ils en voient aussi, des cas gratinés.
Mais le petit être s'est accroché très fort. Alors le lendemain, quand j'ai enfin eu moins mal et qu'enfin j'ai assez pleuré au creux de mon oreiller, avec ce ventre soudainement gonflé et ces coups à l'intérieur, j'ai du appeler le père, qui était à plus de 300 km, et j'ai calmé ma voix pour qu'elle ne tremble pas, je me suis dit, il faut que tu sois courageuse parce que personne ne peut l'être pour toi, et puis après tout, toi tu n'as plus le choix, il va bien falloir aller jusqu'au bout.
Alors je me suis entendu tout dire au téléphone, je me suis entendue prononcer ces mots : "Ne t'en fais pas, si tu ne viens pas, je comprendrai."
Mais il a dit qu'il arrivait.
Et il a dit que si moi je n'en voulais pas, lui il s'en occuperait.
Et moi j'ai dit, si toi tu veux alors moi aussi.
Maintenant c'est beaucoup d'organisation et de fatigue, et surtout, c'est un garçon chaque nuit avec moi qui n'est plus un garçon, mais un homme.
Mercredi 30 novembre 2011 à 15:57
Je t'aime avec un peu de haine, comme une petite bête un peu sauvage, un peu farouche, aux câlins brusques et au repli rapide. Parce que es traître et menteur, je te choisis aussi à cause de tes défauts. Moi j'ai besoin de me battre, je ne sais pas faire autrement.
Je vais devoir partir, bientôt, ce soir en fait, encore le train. Vous me croiserez à Montparnasse ou peut-être à Nantes, ou peut-être à ma destination finale. Ou sûrement pas.
Je suis incapable de rester où que ce soit, toujours portée par des désirs ou des obligations, toujours, et par-dessus tout ça, je t'aime, je me choisis quand même.
Je voudrais tellement que tout se passe bien pour les autres, je veux bien prendre n'importe quoi sur mes épaules, mais au moins la sérénité pour ceux que j'aime.
Mais peut-être qu'au final, dans la vie, tu ne gagnes rien si tu ne te laisses pas aider. Alors, fissurer ma forteresse d'orgueil, mais est-ce vraiment de l'orgueil ou le nom que je donne à ma peur ?
Il paraît que parfois le faible doit savoir se montrer fort...
J'ai les ongles courts alors je vais pouvoir porter un vernis rouge vraiment rouge. Rouge sang.
Je déjeune avec L' à midi, elle m'a tant et tant manquée, elle est si douce, si jolie, si franche, si fine. Un courant d'air rafraîchissant, l'effleurement d'une aile de papillon sur le revers de la main. Comprenez sa poésie, je vous en prie, la poésie d'une fille parfois absente et pourtant toujours présente. L' et sa douceur de boucles, L' qui peut tout avoir entre les mains si elle le choisit, car L' est assez forte, bien qu'elle ne le sache pas, et L' est si fragile à la fois. L' est un poème. On peut penser à Musset quand même : "Les plus désespérés sont les chants les plus beaux Et j'en sais d'immortels qui son de purs sanglots", puisque des fois, L' est aussi comme ça. Et pourtant. L'est tellement plus.
Et toi mon amant, je te revois dans quelques jours, mais pardonne-moi, je ne peux te dire quand.
Pardonne-moi pour tout ce que je ne dis pas, et cette distance parfois dans mes yeux, pardonne-moi.
Tu me manques si fort, ton souffle dans mon cou au creux de la nuit, et tes bras autour de moi.
Je vais revenir. Bientôt. Même si je ne serai probablement plus vraiment la même.
Pardonne-moi.
Je vais devoir partir, bientôt, ce soir en fait, encore le train. Vous me croiserez à Montparnasse ou peut-être à Nantes, ou peut-être à ma destination finale. Ou sûrement pas.
Je suis incapable de rester où que ce soit, toujours portée par des désirs ou des obligations, toujours, et par-dessus tout ça, je t'aime, je me choisis quand même.
Je voudrais tellement que tout se passe bien pour les autres, je veux bien prendre n'importe quoi sur mes épaules, mais au moins la sérénité pour ceux que j'aime.
Mais peut-être qu'au final, dans la vie, tu ne gagnes rien si tu ne te laisses pas aider. Alors, fissurer ma forteresse d'orgueil, mais est-ce vraiment de l'orgueil ou le nom que je donne à ma peur ?
Il paraît que parfois le faible doit savoir se montrer fort...
J'ai les ongles courts alors je vais pouvoir porter un vernis rouge vraiment rouge. Rouge sang.
Je déjeune avec L' à midi, elle m'a tant et tant manquée, elle est si douce, si jolie, si franche, si fine. Un courant d'air rafraîchissant, l'effleurement d'une aile de papillon sur le revers de la main. Comprenez sa poésie, je vous en prie, la poésie d'une fille parfois absente et pourtant toujours présente. L' et sa douceur de boucles, L' qui peut tout avoir entre les mains si elle le choisit, car L' est assez forte, bien qu'elle ne le sache pas, et L' est si fragile à la fois. L' est un poème. On peut penser à Musset quand même : "Les plus désespérés sont les chants les plus beaux Et j'en sais d'immortels qui son de purs sanglots", puisque des fois, L' est aussi comme ça. Et pourtant. L'est tellement plus.
Et toi mon amant, je te revois dans quelques jours, mais pardonne-moi, je ne peux te dire quand.
Pardonne-moi pour tout ce que je ne dis pas, et cette distance parfois dans mes yeux, pardonne-moi.
Tu me manques si fort, ton souffle dans mon cou au creux de la nuit, et tes bras autour de moi.
Je vais revenir. Bientôt. Même si je ne serai probablement plus vraiment la même.
Pardonne-moi.
Samedi 26 novembre 2011 à 14:47
Toujours, partir, le vent dans les cheveux et les pieds ancrés à rien, pas même une ligne qui emmène. Des buts à courts termes, des TGV et des TER et des métros et des RER, je passe ma vie dans ces boîtes de métal, je passe ma vie à bouger mais ça ne mène à rien. Paris-Bordeaux, Bordeaux-Paris, Paris-La Roche s/ Yon, et pourtant nulle part je ne suis chez moi, au fin fond des vignes, au coeur de la banlieue ou au bord de la plage, je regarde autour de moi le vide.
Et je me dis, ainsi personne ne me donne envie de rester quelque part.
Vagabonde, je passe le temps, un peu ici, un peu là-bas, mais toujours ailleurs. Je froisse et jette mes billets sitôt contrôlée, et je n'attends jamais que qui que ce soit m'attende sur le quai. Oui, ces derniers temps vous avez bien plus de chances de me croiser seule sur le quai d'une gare, un gros sac à la main, la cigarette dans l'autre, qu'assise dans la pénombre d'un bar.
Solitaire, aussi. Les voyages forment la jeunesse et déforment les valises... Stupide expression, les voyages déforment ma jeunesse aussi, ma jeunesse que je perds, qui déborde et coule de mes paumes sans que personne n'en sache rien.
Retenez-moi.
Je repars dès mardi. Je vais décevoir tout ceux qui désirent que je reste, pourquoi ça ne suffit pas qu'ils veuillent que je reste, étouffant, voilà le terme, c'est étouffant, j'étouffe quand on m'enferme.
On est prisonnier de soi-même, toujours.
Ainsi, me croire libre et puis rien.
J'enverrai des messages de mensonge pour ne pas faire de peine aux gens, j'enverrai ces messages et partir encore me fera tant et tant de peine, parce que je ne sais pas pourquoi je fuis toujours, pourquoi j'ai mal quand on m'aime ou quand on compte sur moi ou qu'on s'inquiète pour moi.
Je ne laisse pas les gens m'aimer.
Sale gosse, encore. Morveuse.
Et je me dis, ainsi personne ne me donne envie de rester quelque part.
Vagabonde, je passe le temps, un peu ici, un peu là-bas, mais toujours ailleurs. Je froisse et jette mes billets sitôt contrôlée, et je n'attends jamais que qui que ce soit m'attende sur le quai. Oui, ces derniers temps vous avez bien plus de chances de me croiser seule sur le quai d'une gare, un gros sac à la main, la cigarette dans l'autre, qu'assise dans la pénombre d'un bar.
Solitaire, aussi. Les voyages forment la jeunesse et déforment les valises... Stupide expression, les voyages déforment ma jeunesse aussi, ma jeunesse que je perds, qui déborde et coule de mes paumes sans que personne n'en sache rien.
Retenez-moi.
Je repars dès mardi. Je vais décevoir tout ceux qui désirent que je reste, pourquoi ça ne suffit pas qu'ils veuillent que je reste, étouffant, voilà le terme, c'est étouffant, j'étouffe quand on m'enferme.
On est prisonnier de soi-même, toujours.
Ainsi, me croire libre et puis rien.
J'enverrai des messages de mensonge pour ne pas faire de peine aux gens, j'enverrai ces messages et partir encore me fera tant et tant de peine, parce que je ne sais pas pourquoi je fuis toujours, pourquoi j'ai mal quand on m'aime ou quand on compte sur moi ou qu'on s'inquiète pour moi.
Je ne laisse pas les gens m'aimer.
Sale gosse, encore. Morveuse.
