Jeudi 15 mars 2012 à 19:06

Et puis le silence au bout de mes doigts.
J'ai recommencé à écrire des lettres avortées. J'ai recommencé, je le dis, comme ça, tant pis.
Un appartement dans une rue d'école, du lambris au plafond qu'il trouve moche et dont je me fous. Ma signature en bas d'un bail, et ce petit proverbe populaire qui revient trotter : "T'as signé, c'est pour en chier."
J'essaye de lui expliquer que je ne peux plus être insouciante. Je repense à mes errances, elles me manquent quand le photographe m'envoie un message où il m'assassine en m'appelant ragazza, on ne m'avait jamais aimée en italien. Je repense à ce que j'ai laissé, à la cacophonie de Paris, aux derniers trains dans lesquels je flippais parfois, les pupilles dilatées sur la nuit jamais noire, bercée par le crissement des rails, l'écho de la musique des autres, les cris des racailles, et dehors par intermittence les tags sur les murs, TIIGE, je cherche parfois cette inscription des yeux sur les murs des villes que je traverse.
La poésie de ma banlieue me manque, la poésie et la violence aussi.
Tout est allé trop vite et déjà ma vie n'appartient pas qu'à moi.
Des fringues de bébé qui s'entassent comme des fringues de poupée, et ma si grande lâcheté.
C'en est fini de mes fuites, fini de mes courses-poursuites, fini de gueuler dans les rues à perdre haleine, fini de jouir de la nuit, de l'aube, et puis pas d'avenir, l'avenir on s'en fout c'est pour les caves, moi j'suis pas une cave, j'me laisserai pas piéger, j'vous le dis, c'est pour les connards la maison le renault espace le chien qui joue avec le môme.
J'ai l'air un peu con, du coup, comme ça, avec mon gros bidon. Un peu beaucoup très con.
C'est pas pour dire, mais j'en chialerai presque.

Et puis parfois je me dis que c'est chouette. Que je vais aller bien, qu'on va aller bien. Que c'est pas si mal, d'être dans le droit chemin, au lieu de suivre les ruelles obscures qui longent les voies ferrées. Qu'entendre "je t'aime", c'est mieux que de ne jamais l'entendre, que de toujours courir après un rêve qui s'enfuit un jour, comme ça, tu te lèves, tu poses un baiser, tu t'en vas, et puis plus rien. Tu sais que plus rien. C'est fini comme ça, sans cris, sans drame, ça fait mal quand même, tout au fond. Mais bon. C'est la vie. Tu mets ta musique et puis tu t'éloignes. Chaque pas te donne envie de faire demi-tour mais tu ne le fais pas. Tu respectes ta promesse : "Pas de lettres, pas de larmes, pas de serments, pas d'amour." Alors pas à pas tu fais ta fière, ta belle. La gueule haute et puis les larmes en travers.
Par moments je me dis que ça ça pouvait pas faire une vie. Mais je ne le saurai jamais puisque je n'ai pris l'avion ni pour New York ni pour Montréal. Un peu de rancune, ça me plombait trop pour décoller.
C'était pas viable.
Moi je m'en fous qu'on me dise qu'on m'aime, je veux juste qu'on ne me mente pas. Si l'on veut plus de moi on me jette, et puis je me relève, ça me tue pas. Mais je ne veux pas perdre ma vie à être trahie, je ne veux pas perdre mon temps. Et c'est de ça dont j'ai peur. C'est de donner toute ma vie pour quelqu'un qui trahit, je pourrai pas supporter.
Ouvrir les yeux un matin, et se dire : "Et voilà. Rien. Les dernières années de ma vie n'ont été qu'un mensonge et les souvenirs dont je croyais être sûre de la couleur sont faussés, voilà, je n'ai même pas ça, même pas mes souvenirs puisque déjà le mensonge était là."

Parfois je me dis, j'aurais du prendre l'avion, mais pas pour New York ni Montréal, pour une autre destination, peinarde.

Courageuse, la nana.

Il reste si peu de jours.

Lundi 30 janvier 2012 à 12:13

 Je ne suis pas qu'un ventre.


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Mardi 17 janvier 2012 à 12:01

 La fenêtre bouchée de brouillard.
Je fais l'effort de me souvenir, parfois. L'autre jour dans la brume épaisse, le visage, très rouge, d'un homme. 
Les dossiers qui se remplissent, et puis, les affaires de poupée qui s'empilent. Il dit qu'il a hâte. Je dis que j'ai peur. Une voiture de riche, achetée pas cher. Des conneries comme ça.
"La télé, le canapé et puis le crédit à payer..."
On est bien loin de l'insolence, les enfants. Bien bien loin. 
Et puis, elle arrive à la fin de la semaine, j'ai hâte, les longs cheveux et puis les yeux presque trop verts, oui j'ai vraiment hâte.
Je fais écouter de belles chansons à mon ventre, mais comme toujours du très mélancolique.
Les cigarettes me manquent, beaucoup.
Le photographe se fait homme-silence, après homme-absent, comme il fallait s'y attendre. Il ne me manque pas. Je sais par avance qu'on ne hurlera plus le même langage, qu'on ne verra plus le calme derrière les cris, et puis, au fond de tout ça, l'amour qu'on avait pas besoin de se dire. Ca a quand même été une belle histoire. Un bûcher abandonné.
Je t'aime bien, Loupiot. Un peu triste, tout ça.
Ca ressemble bien au brouillard de l'autre côté de la fenêtre, en fait.


Samedi 31 décembre 2011 à 14:20

 Fin d'année.
Mes cheveux, longs. Mon ventre, lourd. Mes seins, gros.
Ma vie ne m'appartient plus. De toute façon, ma vie je ne savais pas quoi en faire.
Les valises alors seront enfin défaites. L'orgueil, la violence, ravalés. Et puis des coups dans mon ventre, comme un tam-tam intérieur, la déformation de la peau qui se tend et se dégonfle au gré de mouvements parasites. Ces mouvements ne préviennent pas, réveillent au coeur de la nuit, et la respiration si calme des Yeux Bleus à mes côtés, calme et profonde.
J'ai ramené mon fer à lisser et mon pinceau à poudre, je farderai quand même mes yeux de noir et porterai quand même des sous-vêtements à rubans, tire sur la dentelle et le tissu coule à mes pieds. Simplement.
Mes seins ne tiennent plus dans les mains.

Les gâteaux que j'avais ramenés n'ont pas été mangés, tant pis. Je les regarde dans leur bocal et quelques miettes au fond, fatalement, pourquoi ça me rend si triste ?

J'ai jamais eu l'aplomb de m'auto-citer, de réellement gueuler, de vraiment menacer.
Simplement. Je me suis toujours cassée quand je le voulais, si je le voulais, et même si mon avenir se résumait à aller faire la radasse dans un quelconque bar à hôtesses, ça ne m'aurait pas rebutée, parce que la paix, ça se paye, et que je n'ai jamais été radine.
Mais là, ça va devenir infiniment plus compliqué.

Deux mille douze, rien que ça, vingt-trois ans d'existence, je suis née l'année de la chute du Mur de Berlin et de la Réunification, pourtant je ne me suis jamais sentie libérée ni unifiée, plutôt arrachée entre moi et moi.
Je rêvais d'aventures et puis de folie et puis de liberté.

Je voulais avoir 20 ans toute ma vie.

Mais je fais des listes de prénoms. Encore, me plier à une vie pour laquelle je ne me sentais pas prête, pas faite.
Bien sûr, j'aurais pu fuir. Mais là non.

Pourtant, lorsque les Yeux Bleus pose sa main sur mon ventre, ou blottit son visage au creux de ma peau le matin, je me sens légitime.
Au bon endroit, au bon moment.

Vendredi 16 décembre 2011 à 11:10

 Je n'aurais pas pu me douter qu'il y aurait l'hôpital et puis deux vies en danger. Deux parce que j'ai appris qu'il y en avait une autre qui se blottissait au creux de mon ventre depuis 6 mois. Ils disaient qu'il y avait de fortes chances que le petit être vienne au monde trop tôt, qu'il ne soit pas viable, et puis aussi que pour moi il y avait un risque important d'hémorragie. Moi je leur ai dit, mais si il vit je ne peux pas m'en occuper, c'est trop petit, c'est trop lourd, c'est trop de contraintes, je suis trop jeune, je savais pas, j'en veux pas, est-ce que je peux rester anonyme ? Vous comprenez, j'ai pas pris réellement de poids, j'ai pas vomi, j'ai pas eu d'envies brusques, mes seins n'ont pas gonflé et mon ventre est resté plat, mes règles ont toujours été anarchiques alors des saignements n'importe quand dans le mois c'était normal. Est-ce que j'ai le droit de ne pas m'en occuper ?
Les urgences je savais que c'était glauque, mais en obstétrique apparemment ils en voient aussi, des cas gratinés.
Mais le petit être s'est accroché très fort. Alors le lendemain, quand j'ai enfin eu moins mal et qu'enfin j'ai assez pleuré au creux de mon oreiller, avec ce ventre soudainement gonflé et ces coups à l'intérieur, j'ai du appeler le père, qui était à plus de 300 km, et j'ai calmé ma voix pour qu'elle ne tremble pas, je me suis dit, il faut que tu sois courageuse parce que personne ne peut l'être pour toi, et puis après tout, toi tu n'as plus le choix, il va bien falloir aller jusqu'au bout.
Alors je me suis entendu tout dire au téléphone, je me suis entendue prononcer ces mots : "Ne t'en fais pas, si tu ne viens pas, je comprendrai."
Mais il a dit qu'il arrivait.
Et il a dit que si moi je n'en voulais pas, lui il s'en occuperait.
Et moi j'ai dit, si toi tu veux alors moi aussi.

Maintenant c'est beaucoup d'organisation et de fatigue, et surtout, c'est un garçon chaque nuit avec moi qui n'est plus un garçon, mais un homme.

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